30.11.2009
La fin de l'année approche - catégorie textes et poésies
Amis écrivains et poètes, pensez à nous envoyer un petit texte ou un poème (maximum 1 à 2 pages)...
CATEGORIE TEXTES ET POESIE. Nous vous proposons de laisser "brancher" vos productions pendant deux à trois semaines environ. D'autre part, il faut être inscrit aux amis des mardis littéraires.
Nicole Tourneur et Patrick Ottaviani
06:45 Publié dans TEXTES ET POÉSIES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Le déménagement - Nouvelle de Marielle Tallandier
Le Déménagement
Depuis ce matin 8 heures, un remue-ménage inhabituel trouble le calme de notre cage d’escalier. Nous sommes samedi, tout le monde dort, sauf vous. En voyant un camion garé dans la rue, immatriculé dans le Var, j’ai compris que vous déménagiez après un trop court séjour parmi nous. J’ai donc choisi de vous écrire puisqu’il est trop tard maintenant pour vous parler. Vous auriez encore moins le temps que d’habitude de m’écouter. Mais je ne suis pas sûre de vous remettre cette lettre ni encore moins de vous l’envoyer. Nos vies vont se séparer dans quelques heures.
Si je me souviens bien, vous êtes arrivé en décembre dernier. En plein hiver. Quand Paris se love dans sa coquille pour plusieurs mois jusqu’au dégel du printemps. Ce n’est pas la meilleure période pour emménager, nous sommes tous un peu grognons en cette saison et l’animation que représente un nouveau venu dans l’immeuble devient vite source d’agacement. Vous avez du nous trouver peu serviables et très distants. Nos échanges se résumaient à des saluts courtois qui se perdaient aussitôt dans le vide. Que dire de plus lorsque nous menons des vies parallèles qui, par définition, ne se rejoindront jamais ? Mais je ne crois pas qu’on puisse parler d’indifférence. C’est plutôt un manque de temps : pas le temps de vivre, pas le temps d’attendre, de dire bonjour, de s’attarder le soir dans l’escalier avec les nouveaux voisins à la fois distants et trop bavards. Nous sommes comme des aimants de pôles identiques qui s’attirent et se repoussent en même temps.
J’ai vu tout de suite que vous n’étiez pas d’ici, avec votre sourire engageant qui en attendait d’autres, votre plaisir à prendre la pluie sur la tête quand nous, nous fulminions contre le mauvais temps. Tout indiquait que vous étiez encore intact, avec votre fraîcheur, votre jeunesse et cette capacité que j’ai oubliée d’être heureux. Heureux de peu, d’un bonjour amical, d’un enfant qui joue dans la cour, des pigeons même, dont vous étiez bien le seul à apprécier les fientes sur votre rebord de fenêtre. « Ca change des mouettes ! » m’aviez-vous dit un jour en riant. Tenez, ce rire qui vous caractérisait, cristallin et naturel, j’aurais eu envie de le graver sur CD pour me le repasser en boucle les jours de blues.
Dire que vous m’avez accaparée pendant six mois est à peine exagéré : je suis capable d’égrener comme un chapelet votre emploi du temps, du lundi au dimanche compris. Vos retours tardifs qui vous imposaient de monter l’escalier doucement pour éviter de le faire craquer et réveiller ainsi tous les étages. Vos samedis soir entre amis avec musique et bouchons de Champagne qui sautent pour fêter une promotion. Vos rares conquêtes, aussi. Vous avez bien été obligé de calquer quelques tranches de votre vie sur les nôtres, entre activité diurne et nocturne, obligations et interdictions.
Je n’en reviens pas de voir tous les meubles que vous aviez dans votre trois pièces, ni ces cartons de bibelots que vous avez pu accumuler pendant votre court séjour. Je comprends pourquoi les femmes ne restaient pas, elles n’avaient pas de place chez vous.
Ainsi vous nous laissez, tous, sans une soirée d’au revoir à laquelle j’aurais été la seule à venir, et vous m’abandonnez, moi, rivée à mon fauteuil, naviguant douloureusement en ligne à peu près droite entre mon lit et lui avec quelques détours pour aller aux toilettes. A mon âge, parcourir un appartement aussi exigu soit-il relève de la prouesse, que j’accomplis chaque jour loin de la curiosité des voisins mais à proximité du téléphone.
Une fois seulement vous avez franchi mon seuil sur mon invitation. C’était un soir de mars, le ciel parisien avait versé sur les trottoirs des tonnes de grêle qui avaient glacé le bitume et pressé les habitants à s’engouffrer dans les halls d’immeubles. Vous aviez perdu vos clés et étiez venu frapper à mon huis pour appeler un serrurier. A peine entré chez moi que vous illuminiez l’appartement avec votre accent chantant de gars du sud et c’était comme si des milliers de cigales vous avaient emboîté le pas. Rien que pour cela, je vous en suis infiniment reconnaissante. Du soleil dans ma nuit, des cigales et un pastaga servi sous les platanes après la pétanque. Tout cela en plein Paris. Vous m’aviez tirée de mon fauteuil et arrachée à Desperate Housewives mais je ne vous en veux pas. Nous avons appelé l’unique serrurier du quartier qui vous a vite rendu l’accès à votre logement, moyennant 75 €. Ici tout se mérite, même le droit élémentaire de rentrer chez soi.
Ce soir-là j’aurais voulu vous montrer la photo de mon fils, qui trône sur le buffet du salon entre un pot de fleurs artificielles très poussiéreuses et une bonbonnière de Vallauris, achetée pendant mon voyage de noces. Vous aviez forcément remarqué la photo mais votre regard s’était bloqué sur l’objet, vous évitant le choc de l’évidence, celui qui m’a bouleversée quand je vous ai vu la première fois : l’étrange ressemblance avec lui, que ce soit le regard, le sourire, le front volontaire et l’implantation des cheveux, drue et insoumise. Comme vous il riait à tout propos, rayonnait comme un astre et communiquait une joie de vivre dérangeante. Les êtres qui bouffent la vie par les deux bouts le payent toujours trop tôt. Dire qu’il faut que vous déménagiez pour que je vous en parle…alors que j’avais su me taire tout ce temps pour ne pas vous troubler. Mais vous avez en plus la décence du cœur que votre bonne éducation vous a donnée. Discret et plein de tact, juste un affamé des autres. Vous avez du souvent faire maigre parmi nous.
J’ai gardé longtemps le bouquet de roses jaunes que vous m’aviez apporté le lendemain.
Alors non, je n’ai pas commis l’erreur de vous aimer comme mon fils. Je veux juste vous dire, pendant que vos meubles de cuisine manquent de dégringoler l’escalier sur les épaules musclées des déménageurs dont je ne rapporterai pas les jurons, que vous avez illuminé pendant 6 mois ma minable existence de vieille femme, veuve et engluée dans le deuil de son unique enfant. Que chaque matin j’ai guetté votre pas rapide dans l’escalier, entrouvrant la porte sur votre passage pour m’imprégner de votre eau de toilette ; que le soir, vers 18 heures selon la ponctualité des trains, je vous retrouvais avec soulagement parce que vous savoir sur le même palier que moi me rassurait. Au point que j’ai même soupçonné une certaine ambigüité de mes sentiments dont je ne savais plus s’ils étaient maternels ou charnels. Je ne vous en veux pas de ne pas m’avoir informée de votre départ. Je ne suis qu’une étape de courte durée dans votre vie qui commence, nous nous sommes juste croisés sans nous rencontrer et je vous laisse continuer votre chemin vers le soleil quand je m’enfonce chaque jour un peu plus dans la pénombre.
Je ne souhaite plus qu’une chose : que vous sachiez que votre présence ici m’a évité plusieurs visites au cimetière et que je n’ai toujours pas utilisé les numéros d’urgence notés en rouge près du téléphone.
06:35 Publié dans TEXTES ET POÉSIES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : marielle tallandier, nicole tourneur
29.11.2009
La loge de la concierge
Lectures le dimanche 13 décembre
à 15 h et 19 h
avec « les Editions le Bruit des Autres »
14 rue du Pont Neuf 75001 Paris
1er étage
04:53 Publié dans Dédicaces/sorties | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
